La première fois, c’était dans le jardin. Filou, mon chiot de quatre mois, a fait ses besoins, s’est retourné, et a mangé sa crotte avant que j’aie le temps de réagir. J’ai cru à un accident. La deuxième fois, pareil. La troisième, en balade, il s’est jeté sur celle d’un autre chien. J’étais à la fois dégoûté et inquiet : est-ce qu’il lui manquait quelque chose ? Est-ce qu’il était malade ?
Ce comportement a un nom, la coprophagie, et il est beaucoup plus fréquent qu’on ne l’imagine, surtout chez les jeunes chiens. Avec l’aide de la vétérinaire et un peu de patience, Filou a perdu cette habitude en quelques semaines. Voici ce que j’ai appris sur les causes, les risques et les solutions qui marchent vraiment.
Un comportement fréquent, souvent normal chez le chiot
Avant de paniquer, quelques repères rassurants :
- La mère nettoie ses chiots en avalant leurs excréments les premières semaines. C’est un comportement naturel, qui disparaît en général au sevrage.
- Les chiots explorent le monde avec la gueule : ils goûtent tout, y compris ce qui nous dégoûte. Chez beaucoup d’entre eux, la coprophagie disparaît d’elle-même vers 9 à 12 mois.
- Les excréments d’autres animaux (chats, chevaux, lapins, herbivores) attirent souvent les chiens, parce qu’ils contiennent des restes d’aliments partiellement digérés.
Ce qui doit davantage interroger, c’est une coprophagie qui apparaît chez un chien adulte qui ne le faisait pas avant, ou qui s’accompagne d’autres symptômes.
Les causes comportementales
1. L’ennui et le manque d’activité
Un chien qui reste seul longtemps, dans un jardin ou un chenil, sans occupation, peut se mettre à “jouer” avec ses excréments, puis à les manger. Plus le chien s’ennuie, plus l’habitude s’installe. Les chiens qui supportent mal la solitude cumulent souvent plusieurs signes, comme aboyer quand ils restent seuls.
2. La recherche d’attention
Si chaque fois que le chien s’approche d’une crotte, toute la famille crie, court et s’agite, il peut comprendre que c’est un excellent moyen d’attirer l’attention. Sans le vouloir, on renforce le comportement.
3. La peur de la punition
C’est une cause sous-estimée, et c’était en partie mon erreur. Un chien qui a été grondé pour avoir fait ses besoins à l’intérieur peut apprendre à faire disparaître les preuves, en les mangeant. Punir après coup ne fait qu’aggraver le problème.
4. Le stress
Un déménagement, un nouveau membre dans la famille, un changement de rythme ou un environnement anxiogène peuvent déclencher ou entretenir ce comportement.
5. L’imitation et la compétition
Un chiot qui voit un autre chien le faire peut l’imiter. Dans les foyers à plusieurs chiens, certains mangent les excréments des autres, parfois par compétition autour de la nourriture.
Les causes médicales ou alimentaires à vérifier
Une coprophagie peut aussi être le signe que l’alimentation ne convient pas, ou qu’un problème de santé empêche le chien de bien assimiler ce qu’il mange :
- Une ration insuffisante ou un chien qui a toujours faim ;
- Une alimentation mal digérée, qui laisse dans les selles beaucoup de nutriments non assimilés ;
- Des parasites intestinaux (vers), surtout chez le chiot ;
- Un trouble de la digestion ou de l’absorption, par exemple une insuffisance du pancréas, qui empêche de bien digérer les aliments ;
- Certaines maladies hormonales ou certains médicaments (comme les corticoïdes) qui augmentent fortement l’appétit ;
- Chez le chien âgé, un déclin cognitif peut parfois s’accompagner de comportements nouveaux.
Consulte un vétérinaire si la coprophagie apparaît brutalement chez un chien adulte, ou si tu observes aussi : amaigrissement malgré un bon appétit, selles abondantes, molles ou graisseuses, diarrhée, vomissements, faim permanente, fatigue.
Est-ce dangereux pour mon chien ?
Manger ses propres excréments n’est en général pas très dangereux pour un chien en bonne santé et bien vermifugé. Mais il y a des risques réels :
- Parasites : les excréments d’autres chiens, de chats ou d’animaux sauvages peuvent transmettre des vers et d’autres parasites ;
- Bactéries et virus présents dans les selles d’autres animaux ;
- Médicaments : les excréments d’un animal traité (vermifuge, antiparasitaire) peuvent contenir des résidus ;
- Litière du chat : un chien qui pioche dans le bac à litière avale aussi parfois de la litière, ce qui peut provoquer des troubles digestifs.
Et pour toi, un chien coprophage qui te lèche le visage n’est pas idéal sur le plan de l’hygiène. Lave-toi les mains après l’avoir caressé autour de la gueule.
Ce qui a vraiment marché avec Filou
Voici la méthode que la vétérinaire m’a conseillée, et que j’ai appliquée pendant environ six semaines :
- Un bilan chez le vétérinaire : vermifuge à jour, examen général, et vérification que la ration de croquettes était adaptée à sa croissance.
- Ramasser immédiatement les crottes dans le jardin, idéalement pendant qu’il ne regarde pas, pour qu’il n’ait aucune occasion.
- Accompagner chaque sortie au début, plutôt que de le laisser seul dans le jardin.
- Récompenser le bon comportement : dès qu’il a fait ses besoins, je l’appelais avec un mot joyeux et je lui donnais une friandise de grande valeur. Très vite, il a pris l’habitude de revenir vers moi au lieu de se retourner vers sa crotte.
- Apprendre l’ordre “laisse” : on montre une friandise dans la main fermée, on attend qu’il renonce, on récompense avec une autre friandise. Utile pour les crottes en balade, mais aussi pour tout ce qu’il ne doit pas avaler.
- Garder la laisse en balade dans les zones à risque, et le détourner avant qu’il atteigne une crotte.
- Ne plus jamais punir un accident de propreté après coup. Je nettoie sans un mot.
- Plus d’activité et de stimulation : balades plus longues, jeux de flair, jouets d’occupation à remplir de nourriture.
- Répartir la ration en plusieurs repas pour qu’il ait moins faim entre deux.
- Mettre la litière du chat hors de portée (bac couvert, porte de chatière, pièce fermée).
Les fausses bonnes idées
- Punir ou crier : ça renforce la peur, l’attention ou l’envie de faire disparaître les preuves.
- Mettre du piment ou du vinaigre sur les crottes : en plus d’être peu efficace, ça peut irriter la gueule du chien, et il faudrait le faire à chaque fois.
- Compter uniquement sur les produits “anti-coprophagie” vendus en complément alimentaire : leurs résultats sont variables d’un chien à l’autre. Ils peuvent aider en complément, jamais remplacer l’éducation et le ramassage.
Tableau récap : ce que tu observes, piste probable, que faire
| Ce que tu observes | Piste probable | Que faire |
|---|---|---|
| Chiot de quelques mois, en bonne santé | Exploration normale | Ramasser, récompenser le retour, apprendre “laisse” |
| Chien seul longtemps dans le jardin | Ennui | Plus d’activité, jeux de flair, sorties accompagnées |
| Chien grondé pour la propreté | Peur de la punition | Arrêter les punitions, nettoyer sans réaction |
| Chien qui a toujours faim, maigrit | Ration insuffisante ou problème digestif | Vétérinaire, adapter l’alimentation |
| Selles molles ou graisseuses, amaigrissement | Mauvaise absorption, parasites | Vétérinaire, bilan et vermifuge |
| Chien qui pioche dans la litière du chat | Attrait pour les selles de chat | Bac à litière hors de portée |
FAQ express
À quel âge un chiot arrête-t-il de manger ses excréments ? Chez beaucoup de chiots, l’habitude disparaît naturellement entre 9 et 12 mois, surtout si on ne lui laisse pas l’occasion de la renforcer. Plus tôt on agit, plus vite elle s’éteint.
Un chien qui mange ses crottes manque-t-il de vitamines ? C’est une idée répandue, mais une carence précise est rarement en cause avec une alimentation complète de qualité. En revanche, une ration insuffisante ou mal digérée peut jouer : d’où l’intérêt d’un avis vétérinaire.
Mon chien mange les crottes de chat dans la litière, c’est grave ? C’est très courant, car ces selles sont riches en protéines. Le risque principal est la transmission de parasites et l’ingestion de litière. La solution la plus efficace est de rendre le bac inaccessible au chien.
Faut-il vermifuger plus souvent un chien coprophage ? Ça peut être utile, surtout s’il mange les excréments d’autres animaux. Le rythme est à définir avec ton vétérinaire, en fonction de son mode de vie.
Mon avis : comprendre avant de corriger
Avec Filou, j’ai fait l’erreur classique : crier, le gronder, puis m’étonner que ça empire. Ce qui a tout changé, c’est un bilan chez la vétérinaire, un jardin ramassé tous les jours, une friandise systématique quand il revenait vers moi après ses besoins, et beaucoup plus de jeux. En six semaines, l’habitude avait disparu. Mon conseil : ne punis jamais, ramasse tout de suite, récompense le retour, et consulte si ça apparaît chez un chien adulte ou avec d’autres symptômes. Et si tu adoptes un chiot, pense à le protéger dès le départ avec une assurance adaptée pour ton chien, les visites chez le vétérinaire étant nombreuses la première année.



